COUCOU COULISSE

“Mais qui fait croire à tout le monde que Jacques Chirac est mort ?”
Au premier plan, la tireuse est au repos et les fruits ne garnissent pas encore les coupelles. Trop tôt, trop chaud. On pivote. Quelqu’un d’autre :
“Sérieux, personne ne veut me dire qui est Harry Cature ? C’est une fille, c’est ça ?”
Pas de réponse. Comme si, en effet, personne ne souhaitait se mouiller au sujet du convertisseur de photos en images matricielles, qui recouvre la toile de ses productions colorées et spontanées. Après s’être envoyé deux cafés, et savouré le meilleur pain de notre été, on fait quelques pas sous la grande guitoune faisant office de cantine aux artistes et bénévoles. Victor, reporter-palabreur officiel du festival, se poste devant nous :
“Vous savez que vous êtes beaux ? Et toi, tu sais que tu es beau ?”
Bienvenue dans l’arrière-cour du Visions, à la fois plaque tournante pour questions existentielles et carrefour organisationnel essentiel. Placé à l’abri des regards, en contrebas de la grande scène et à trois brasses de la plage, l’endroit s’active. On finit notre troisième café, on zappe, on franchit une barrière.
“Momo, tu sais qui s’occupe du run de minuit ?”, entend-t-on au fond d’un algeco. Au sein du dit bureau de l’événement finistérien, les talkies-walkies se répondent, les feuilles de route sont rectifiées, repensées, réimprimées. Plan A, plan B, plan C. Solidarité, efficacité. Les mauvaises ondes sont laissées de côté, les gens d’ici sont là pour tenir la baraque. Oh, un chat. On poursuit notre petit tour, salue Solène et Michel, les chaleureux tenanciers du comptoir du bien nommé Magazinzin : une sorte de droguerie de la régie, où se croisent vis, capotes, parasols, multiprises, chapeaux de paille ou encore double face. Bonhomie à tous les étages. Steven, organisateur parfois buveur, toujours farceur, squatte. Entre deux rideaux bleus, dans une petite loge située au centre de la zone, on aperçoit Louise et Pauline de la Maison Acid, micro en main.
“Chez Maison Acid, l’important c’est les autres”, dit la première sur les ondes d’une radio non identifiée. Cela nous fait sourire. À notre gauche, confortablement installé entre quatre bouts de canapé, le gotha mûr du grand Rennes de la culture prend l’apéro.
“- Torve ! Ça sonne bien pour un groupe death metal non ?
– Ça sonne surtout morve…”
Au loin, sur les transats de la petite cour, les commentaires sur les concerts vont bon train. “Il était tout en fragilité”, “perso je ne m’attendais à rien”, ou encore “c’est bien qu’il ait joué au milieu de la scène”. Mignon.
Jojo et Nate traversent la tente. Dans quelques heures, le duo d’ambianceuses le mieux sapé de l’Ouest aura la lourde charge d’animer le final royal de cette édition Visions. Pression. Pas comme nous, qui tournons au rosé. Notre binôme de l’investigation festivalière déboule et nous fait signe que les D.U.D.S débutent. Il ajoute que le rendu cliché de leur trompettes peut être chouette. Chacun son métier, se dit-on. Et, trois jours durant, cela nous aura bien fait marrer.